14 déc. 2010


Le Référendum soudanais, un risque pour l' Afrique ? (1ère partie)

Dans moins d'un mois, le référendum sur l'avenir du Soudan devrait être organisé. La situation semble s'être tendue au cours des dernières semaines en raison des manœuvres des différents camps et des intérêts contradictoires des grandes puissances. Questions defense propose quelques éléments d'informations sur ce referendum, ses possibles conséquences et les éventuels défis militaires à relever.

L'accord de paix qui a mis un terme à la guerre civile au Soudan a été signé le 9 janvier 2005 à Naivasha, au Kenya. Le Comprehensive Peace Agreement a mis un terme à une des plus longues guerres civiles de l' histoire. Ce conflit a marqué profondément les mentalités des habitants du nord et du Sud qui ne semblent plus vouloir vivre au sein d'un même état. Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a souligné que la situation au Soudan "peut se transformer en un conflit plus large". Les risques, a-t-il dit, sont "spécialement élevés à Abyei".

Mise en accusations de l' armée soudanaise

L'armée du Sud-Soudan a accusé les forces nordistes d'avoir largué 18 bombes cette semaine lors de raids aériens sur son territoire, dans l'intention, selon elle, de compromettre la tenue du référendum d'auto-détermination de janvier.

L'armée sudiste a multiplié depuis deux semaines les accusations d'attaques aériennes par les forces nordistes, qui ont reconnu avoir bombardé par erreur le 12 novembre le territoire sud-soudanais alors qu'elles visaient des rebelles du Darfour, région limitrophe au Sud-Soudan.

Les attaques présumées ont eu lieu à Raja et Timsa, dans l'état sudiste du Bahr al-Ghazal Occidental. "L'intention de l'armée soudanaise est de compromettre la tenue du processus référendaire. Le SPLA ne répondra pas à cette provocation, mais nous observons de manière attentive la situation", a ajouté un responsable militaire.

Le ou les référendum(s)

Selon les données de la commission référendaire, plus de 2,8 millions de personnes se sont inscrites sur les listes électorales au Sud-Soudan et 115.000 au Nord-Soudan. L'option indépendantiste doit obtenir une majorité absolue et 60% au moins des inscrits doivent voter pour que le résultat du scrutin soit valide. les Sud-Soudanais établis dans le Nord du pays ou à l’étranger ont par ailleurs été autorisés à s’inscrire pour prendre part à ce scrutin au même titre que les résidents, mais leur identification pourrait se révéler difficile…

Le cas particulier d' Abeyi

Un referendum spécifique doit être organisé dans la province d'Abyei,qui n'appartient ni réellement ni au nord ou au Sud et qui recèle d'importantes réserves pétrolières. Rien ne semble prêt dans la province pour une consultation. Ce référendum "n'aura pas lieu le 9 janvier", a déclaré mardi le porte-parole de la diplomatie américaine, Philip Crowley.

Des manœuvres dilatoires

De part et d'autre, des initiatives tendent à retarder l'organisation du référendum ou empêcher le déroulement de la consultation. Un groupe d'avocats a déposé dimanche dernier un recours devant la Cour constitutionnelle car les juristes accusent les organisateurs d'avoir manipulé le processus.

La commission chargée d'organiser le référendum d'indépendance du Sud-Soudan maintient la date du scrutin au 9 janvier, malgré la prolongation de l'appel d'offres pour l'impression des bulletins de vote, a assuré samedi son président. "L'impression ne retardera pas le processus" électoral, a assuré à l'AFP Mohamed Ibrahim Khalil, président de la commission référendaire pour le Sud-Soudan. "Nous sommes toujours engagés à respecter l'échéance du 9 janvier", a-t-il ajouté.

Le rôle des organisations régionales, internationales et grandes puissances

L'organisation régionale l'IGAD (Intergovernmental Panel for Development), lors de son 16eme sommet extraordinaire sur le Soudan tenu à Addis Ababa le 23 Novembre ne s'est pas clairement exprimée sur les éventuelles conséquences du référendum soudanais. L' Union Africaine semble tout aussi réticente à une éventuelle indépendance d'un nouvel état africain et de ces conséquences sur des pays aux frontières artificiellement tracées par les colonisateurs.

Soutien de l'Union Africaine au président El Béchir

De son côté Le Conseil de l' UA a exprimé dans un communiqué "la confiance de l'UA dans le leadership d'Omar el-Béchir et du premier vice-président Salva Kiir pour diriger le Soudan dans une nouvelle ère de paix quel que soit le résultat du référendum sur l'autodétermination de janvier 2011".

Le Conseil "a assuré les parties soudanaises de la pleine solidarité et le soutien de l'Afrique et a appelé la communauté internationale à appuyer les parties soudanaises dans leurs efforts notamment en différant le processus initié par la CPI (Cour pénale internationale) et en levant les sanctions contre le Soudan".

L'Union Européenne enverra sur place une importante mission composée de 120 observateurs, de fonctionnaires européens et locaux. "La taille de la mission témoigne de l'importance attachée par l'Union européenne à cet enjeu africain", a déclarée, la députée européenne belge Véronique De Keyser (PS) en charge de la mission.

A contrario, plusieurs pays craignent les conséquences négatives de la partition du Soudan. Il s'agit entre autre de l'Egypte et de la RPC. La Chine soutient toujours l'unité du Soudan en conformité avec l'Accord de paix global (CPA) et les relations économiques que la Chine a tissé avec le régime actuel de Khartoum sont très étroites. L'Égypte voit d'un mauvais œil l'arrivée d'un nouvel état dans l'Initiative du bassin du Nil (Nile Bassin Initiative ou NBI)au moment ou la gestion de l'eau devient un facteur primordial.

L'après référendum

Le Sud-Soudan sera t'il un état viable ? - L’indépendance de ce territoire ne représente donc pas nécessaire une solution viable. La diversité ethnique est très grande au Sud Soudan, et les divisions politiques plus importantes qu'il n'y parait.


Malgré le pétrole découvert dans la région dans les années 70, la situation économique est désastreuse, de l’avis même des responsables. Tout est à reconstruire au Sud, voire à construire, et les ressources de toute nature manquent pour conduire de front les multiples chantiers. Les services publics sont toujours quasi inexistants et il est souvent impossible de se déplacer entre États du Sud Soudan en raison de difficultés de circulations.

Avant même que l’indépendance ne soit proclamée, la situation du Sud Soudan est d'ores et déjà économiquement et financièrement intenable. Le nord-Soudan souffrira lui aussi de l'éventuelle sécession du Sud car 85% des ressources pétrolières proviennent de cette région.

En conclusion, le référendum sur l'autonomie du Sud Soudan devrait se réaliser dans des conditions acceptables grâce au soutien de la communauté internationale et de nombreux pays. Depuis la signature du CPA, le nord et le sud soudan n'ont pas réduits leurs armées, Le sud consacre d'ailleurs une part exorbitante de son budget a constituer une armée conventionnelle. Quels sont les risques d'une éventuelle confrontation militaire; même limitée ; quels sont les moyens dont dispose la communauté internationale pour répondre à cette question?

Liens intéressants

Rapport d'un panel de personnalités sur l'avenir du Sud-Soudan Brenthurst fondation (en anglais)

Rapport de l’assemblée nationale sur la situation au Soudan et la question du Darfour (février 2010)


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