21 janv. 2012


photo ministère de la défense Portugal


Les opérations aériennes dans la lutte contre les piraterie au large des côtes de Somalie

Depuis 2007, la Somalie fait parler d'elle pour l'insécurité qui règne le long de ses côtes et par les violents combats qui opposent le gouvernement de transition (TFG) , l'AMISOM et les milices shebabs.
La communauté internationale a pris conscience du danger que représentaient ces pirates pour le commerce mondial. Plusieurs gouvernements ont décidé de déployer des forces navales dès la fin de l'année 2008 dans le golfe d'Aden, le bassin de Somalie et le sud de la mer d'Arabie.

La lutte contre la piraterie, une priorité politique du moment

Trois forces navales coalisées, de nombreux intervenants indépendants


L'Europe déploie depuis décembre 2008, une force aéronavale baptisée Task Force 465 dans le cadre de l'opération Atalanta ou EUNAVFOR Somalia avec pour mission prioritaire la protection des convois du programme alimentaire mondial (PAM) et de soutien à l' African Union Mission to Somalia (AMISOM).

L'OTAN s'intéresse depuis la fin 2008, à la lutte contre la piraterie et a lancé successivement l'opération Allied Protector puis l'opération Ocean Shield. L'OTAN déploie actuellement la Task Force 508 qui agit en priorité dans le golfe d'Aden dans ce que l'on baptise l'IRTC (international recognized transit corridor).





Les États-Unis ont organisé une task force sous le commandement de la cinquième flotte dont le quartier général se situe à Bahreïn. La TF151 , composée de bâtiments américains ou britannique associe des alliés traditionnels des USA comme le Pakistan, l'Indonésie, la Thaïlande,.. La 5ème flotte américaine soutient les bâtiments à la mer en assurant de nombreux ravitaillements.

La Chine, la Russie, le Japon, l'Inde, l'Iran déploient eux aussi de nombreux bâtiments de guerre dans cette zone vitale pour l'économie mondiale. Ils assurent en général la protection de convois de navires marchands qui transitent dans le golfe d'Aden au sein de l' IRTC. Ils agissent sous commandement national mais en coordination avec les autres forces militaires.


photo du pétrolier iranien Kharg impliqué dans la lutte contre les pirates/photo question.defense

Le volet aérien
Bien que les opérations navales soient les importantes, le volet aérien de ces opérations est crucial. L'immensité de la zone d'action (plus vaste que l'Europe), impose aux forces anti-piraterie de faire appel à plusieurs types d'aéronefs.



A bord du Galicia/ photo question defense

La lutte anti-piraterie repose idéalement sur le triptyque, avion de patrouille maritime, hélicoptère, navire de surface.

1. Les avions de patrouille maritime

photo CASA 235 espagnol/questions defense


Ces avions à long rayon d'action sont les yeux des forces anti-piraterie car Ils disposent de capteurs haute résolution, de radars permettant de couvrir les vastes zones maritimes ou aucun navire de guerre n'évolue.

Traditionnellement, plusieurs pays déploient des avions de patrouille maritime dans la corne de l' Afrique ou dans la zone de la mer d'Arabie. Ces appareils comme la Task Force 150 sont opérationnels depuis les semaines qui ont suivi les attentats du 11 septembre aux États-Unis.
Outre la France qui dispose d'une base importante à Djibouti ; les États-Unis, l'Espagne, le Japon, l'Allemagne déploient des appareils sous commandement national ou en coalition.
Il s'agit principalement de P3 Orion pour les États-Unis, le Japon et l'Allemagne. Le Japon en déploie en permanence deux qui survolent quasi quotidiennement les eaux du Golfe d'Aden.

La France utilise ses Bréguets Atlantique ou Falcon 50 principalement depuis Djibouti ou les Seychelles. L'Espagne a déployé pour la première fois en 2002 un P3 Orion mais aussi des Casa 235 équipés du FITS (voir photo).

Dans le cadre de l'opération Atalanta, plusieurs pays ont déployé des moyens supplémentaires. Singapour a dépéché un Fokker 50 qui a opéré dans le golfe d'Aden pendant plusieurs mois. La Suède a engagé dans le courant de l'année 2010, un avion Bombardier Dash 8 Q-300 des gardes côtes qui a rendu des grands services.

La relève a été assurée à compter d'Avril 2010, par un avion de patrouille portugais basé à Victoria aux Seychelles. Cette ile de l'océan indien est devenu une plateforme pour les moyens aériens de nombreux pays. En 2011, un autre P3 portugais a assuré la même mission dans le cadre de l'opération de l' OTAN Ocean Shield. Le détachement aérien de l'escadrille 601 “Lobos”, comprenant un aéronef modernisé au standard et 53 personnels de la force aérienne déployés pour trois mois.

Plusieurs nations nordiques ont récemment fourni des avions de patrouille. Il s'agit du Danemark qui a déployé un des trois avions Boeing Challenger ayant un rayon d’action de 7.500 km et une autonomie de neuf heures de vol environ. La Norvège en a fait de même avec un avion de surveillance maritime, P3 Orion, pour une durée de trois mois,dans le cadre de l’opération anti-piraterie de l’OTAN.

Recours aux ressources civiles.
En raison , du nombre limité d'appareils de ce type disponibles en Europe, ou du manque de ressources de certains états, le Luxembourg a pris la décision de contracter l'entreprise civile CAE Aviation pour mener des missions de reconnaissance. Cette société dispose d'une flotte d'avion adaptée à ce type de mission avec des équipages constitués pour partie d'anciens pilotes militaires.

2. Les hélicoptères embarqués
La plupart des bâtiments agissant dans le cadre de la lutte anti-piraterie embarquent un ou plusieurs hélicoptères. La majorité d'entre eux sont des appareils de lutte anti-sous-marine tels que les hélicoptères de la famille Lynx. Citons le Lynx Mk.95 portugais, le Super Lynx Mk.90B danois.

Lynx danois de la frégate Esbern Snare/ photo questions.defense

Le SH60 /S70 et ses variantes sont aussi déployés sur plusieurs bâtiments ainsi que les AB 212 sur des navires italiens ou grecs. Les navires indiens embarquent les Chetaks et les pétroliers ravitailleurs français des alouettes III.

Plusieurs nations comme l'Espagne ont engagé des hélicoptères lourds. L'Iran dont les unités navales patrouillent dans les eaux du golfe d'Aden dispose du pétrolier ravitailleur Kharg ; celui-ci est équipé de deux hangars et peut embarquer jusqu'à trois hélicoptères lourds ASH-3D Sea King. La marine russe utilise ses hélicoptères Kamov
la chine qui a déjà dépêché six task forces dans les eaux somalienne utilise principalement le Z8 Harbin mais a déjà déployé des hélicoptères lourds Z8 sur un bâtiment amphibie

Les hélicoptères interviennent dans le cas où une attaque est en cours, après contact radio avec le navire civil. Ils ont servi en plusieurs occasions à débarquer des équipes de visite ou des forces spéciales pour reprendre un bâtiment. Ce moyen aérien est aussi utilisé pour stopper un skiff (embarcation légère des pirates) par des tirs de semonce avec des mitrailleuses ou des tireurs d'élite. Les pirates se sont montrés en plusieurs occasions menaçant et ont effectué des tirs aux armes légères contre les hélicoptères.

3. un renfort occasionnel : l' Awacs

Engagé pour épauler les moyens maritimes engagés dans l’opération européenne de lutte contre la piraterie Atalante , l’appareil a également été utilisé pour participer à l’entraînement des Mirage 2000 C et D de l’escadron de chasse 3/11 « Corse » des Forces françaises stationnées à Djibouti (FFDj).
Grâce aux informations recueillies par son système d’identification et à ses capacités de retransmission des images vers les navires, l’AWACS a apporté une véritable plus-value au dispositif général. Il a effectué des missions quotidiennes dans le golfe d’Aden et dans le bassin soma lien, en coordination avec les bâtiments à la mer, les moyens aériens de reconnaissance visuelle présents dans la zone (Falcon 50 français, Merlin luxembourgeois,Casa CN 235 espagnol, P-3C Orion américain, japonais et australien) mais également avec les garde-côtes seychellois.

Selon le ministère de la défense, au cours des 15 missions réalisées, l’AWACS a détecté plus d’une dizaine d’embarcations utilisées par les pirates, permettant d’en intercepter six, de capturer 23 pirates et de libérer sept otages seychellois.
Ces résultats sont à mettre au crédit de l’expérience commune acquise par les équipages de l’armée de l’air, des avions de patrouille maritime et des bâtiments de la Marine nationale lors de plusieurs opérations aéromaritimes menées conjointement, telles que Lévrier et Carib Royale (lutte contre le narcotrafic en Méditerranée et aux Antilles). Ils sont un bel exemple de coopération interarmées et interalliés.

Les moyens aériens des puissances régionales
Les pays bordant cette zone maritime dangereuse sont en train de prendre conscience des dangers que courent leur pêcheurs et les autres usagers.

L'Inde
L'inde qui déploie régulièrement des unités navales envoie aussi son aviation navale patrouiller dans ces zones. Des avions de lutte anti-sous-marine TU 142 sont intervenus en plusieurs occasions pour repérer et suivre les activités des groupes de pirates au large des côtes indiennes.

Les Seychelles
Le petit archipel des Seychelles est au cœur de la zone dangereuse. Les moyens d'intervention de ce pays sont en train de monter en puissance en raison de l'aide fournie par de nombreux pays.
l'Espagne a promis lors d'une visite du ministre de la défense espagnole d'assurer la formation à la surveillance aérienne des zones maritimes. L'inde a donné plusieurs patrouilleurs et moyens aériens dont un dornier DO28 et deux hélicoptères Chetak.


En conclusion, la lutte contre la piraterie maritime est un effort de longue haleine et qui nécessiterait des moyens aériens et navals en nombre largement supérieur. Une étude de l'organisation maritime internationale estime qu'il faudrait au moins 18 appareils de patrouille maritime pour quadriller cette zone vaste comme l'Europe.

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